Une grève des enseignants de lycée qui n’a rien d’anodine.

le 5 février 2020,

Confucius a dit: “Si ton plan porte sur un an, plante du riz, Si ton plan porte sur 10 ans, plante des arbres, Si ton plan porte sur 100 ans, éduque les enfants.”

L’écologie ne peut se faire sans l’enseignement. Il ne s’agit pas ici uniquement de l’enseignement à l’environnement, mais de l’apprentissage des connaissances, du savoir-être et des savoir-faire. Il s’agit de donner les outils pour que l’être en construction puisse apprendre et à terme réfléchir par lui-même pour s’adapter aux contextes nouveaux et échapper aux multiples dogmatismes.

Or l’éducation est mise à mal et le malaise au lycée est des plus visibles.

L’année dernière, ont commencé à émerger les stylos rouges, des enseignants rassemblés qui faisaient remonter leur colère avec certains d’entre eux qui ont retenu leurs notes de bac et qui ont refusé de siéger aux commissions de jurys. Aujourd’hui, on voit des recteurs hués, de nombreux enseignants en grève et des E3C (nouvelles épreuves du bac) boycottées dans un certains nombres de lycées.

Il ne s’agit pas uniquement de la réforme du lycée, mais d’un malaise plus profond qui leur est difficile d’exprimer puisque aujourd’hui l’enseignant n’a plus le droit de donner son avis sur l’éducation nationale, même en dehors de l’établissement. De même, les boîtes mails professionnelles sont vérifiées avec, dans certains cas, des blocages de courriers s’ils sont trop critiques.

Que critiquent-ils? Il y a bien sûr les E3C. Ces épreuves préparées à la va-vite, de telle manière que les enseignants n’ont su qu’avec trois semaines de cours devant eux ce à quoi les élèves devaient être préparés. Ces épreuves qui devront être corrigées sur ordinateur avec un surplus de travail d’environ 20 à 30 heures payées à priori 50 euros au total.

Toutefois, les E3C ne représentent qu’une petite partie de cette colère. Le plus gros du malaise se situe dans ces nouvelles classes de 33 à 37 élèves sans dédoublements pour les langues, l’histoire-géo ou les maths sauf s’ils sont financés par les fonds du lycée alors que l’hétérogénéité des élèves est plus forte que jamais. A cela, peuvent-être ajoutés ces nouvelles matières – telle que la SNT pour laquelle les professeurs de maths doivent enseigner avec dans nombre de cas uniquement 2 heures de formation sur le sujet – ou ces nouveaux programmes surchargés que les enseignants connaissent à peine et qu’ils n’ont pas le temps d’enseigner tant la pression sur les examens continus est forte.

Enfin, cette réforme a été la cause de tant de suppressions d’heures qu’on ne compte plus les suppressions de postes ou le nombre d’enseignants qui doivent se partager entre deux, trois, voire quatre établissements. Cela alors même qu’on demande aux professeurs de faire un nombre croissant d’heures supplémentaires.

Entre les heures de routes, les heures tendues de cours – vue l’attention nécessaire pour gérer une classe de 35 -, les heures de corrections, les heures de préparation sur des programmes entièrement nouveaux et la gestion de nouvelles épreuves, les professeurs sont exténués, voient leurs vies personnelles fortement impactées. Certains donnent tout pour tenter d’enseigner.

Malgré cela, on ne leur donne pas les moyens d’enseigner correctement et d’apprendre aux futures générations à devenir intellectuellement autonomes.

La colère monte comme dans beaucoup d’autres secteurs d’activité et le dialogue entre les enseignants et leur ministre est inexistant.

L’école de la confiance d’Emmanuel Macron et de Jean-Marie Blanquer n’en a que le nom.